Après une chirurgie de l’hallux valgus, les patients marchent-ils trop tôt ?
La chirurgie mini-invasive du pied favorise une récupération rapide, mais le niveau d’activité réel des premiers jours reste mal connu. Une étude prospective conduite par des équipes françaises a utilisé un capteur GPS et un accéléromètre pour mesurer les déplacements après correction de l’hallux valgus. Ses résultats invitent à repenser l’accompagnement postopératoire.

Observer les comportements plutôt que se fier au déclaratif
Les auteurs ont inclus 24 patients consécutifs, âgés en moyenne de 53 ans, opérés par ostéotomie distale en chevron associée à une ostéotomie d’Akin. Le protocole prévoyait du repos à domicile pendant cinq jours et des déplacements limités aux besoins essentiels avec chaussure postopératoire. Un dispositif discret, placé dans le pansement, enregistrait les pas, la durée des mouvements et la localisation du premier au cinquième jour.
Cette méthode apporte une information rarement disponible en pratique : elle mesure le comportement quotidien sans dépendre de la mémoire du patient. Elle permet ainsi de confronter les prescriptions à la réalité du retour à domicile.
Une reprise d’activité très rapide
Dix-sept patients sur 24, soit 70 %, ont réalisé au moins une activité extérieure supérieure à un kilomètre. Onze patients, soit 47 %, ont dépassé 2 000 pas par jour. Le nombre moyen de pas a progressé de 1 797 au premier jour à 2 937 au cinquième. La durée d’activité a elle aussi augmenté, passant de 164 minutes au premier jour à 222 minutes au quatrième.
La douleur était faiblement mais significativement associée à une activité plus faible. Autrement dit, le symptôme semble limiter certains déplacements, sans empêcher une mobilisation souvent supérieure aux consignes. Aucun événement indésirable n’a été observé pendant la période étudiée.
Ce que cela peut changer dans le parcours
Le principal enseignement n’est pas qu’il faudrait lever les restrictions. Il est que le professionnel peut sous-estimer l’activité réelle du patient. Une consigne générale comme « rester au repos » peut être comprise de manière très variable. Des objectifs concrets, durée debout, nombre et motif des déplacements, utilisation de la chaussure, seraient probablement plus faciles à appliquer et à réévaluer.
Les capteurs connectés pourraient aussi avoir une place ponctuelle : repérer une activité excessive, rassurer un patient trop peu mobile ou déclencher un échange précoce. Cette approche doit rester proportionnée, expliquée et respectueuse du consentement. Elle complète la relation soignant-patient ; elle ne la remplace pas.
Principaux enseignements :
L’activité des cinq premiers jours est souvent supérieure aux recommandations postopératoires.
Des consignes chiffrées et contextualisées peuvent être plus opérationnelles qu’un simple conseil de repos.
L’absence de complication dans 24 cas ne permet pas de conclure à l’innocuité d’une marche plus importante.
Limites de la publication
L’étude est monocentrique, sans groupe témoin et limitée à 24 personnes suivies pendant cinq jours. Elle ne relie pas l’activité à la consolidation osseuse, à la récidive de la déformation ni aux résultats fonctionnels à long terme. Les données soutiennent donc une amélioration de l’éducation postopératoire, pas une modification automatique des protocoles d’appui.
Bibliographie :
Beldame J et al. Orthop Traumatol Surg Res. 2026. DOI : 10.1016/j.otsr.2026.104689
Tham A et al. Foot Ankle Surg. 2026;32(4):325-332. DOI : 10.1016/j.fas.2025.11.010
Marcolli D et al. Foot Ankle Orthop. 2026;11(3):24730114261455303. DOI : 10.1177/24730114261455303
Trnka HJ. EFORT Open Rev. 2021;6:432-438. DOI : 10.1302/2058-5241.6.210029
